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7 décembre 2009

Bâtisseurs de forteresses modernes

Le Devoir - Claude Turcotte

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Métier: constructeur de forteresses. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il y a de l'avenir pour les gens qui pratiquent ce métier, non plus pour construire des forteresses de pierre à la Vauban, mais plutôt des infrastructures électriques et mécaniques que l'on installe autour des réseaux informatiques afin de les protéger en tout temps contre les pannes électriques, d'une part, et la surchauffe des équipements, d'autre part. Voilà le rôle d'une petite firme montréalaise très spécialisée en ce domaine, Kelvin Emtech.

La crise économique?  Connais pas, répond Michel Chartier, président de cette PME qu'il a fondé en 1994 avec un collègue et ami, Éric Stéphenne.  Au début de 2009, Kelvin Emtech comptait 28 employés: elle en aura 43 à la fin de l'année, la plupart étant des ingénieurs.  Actuellement, la demande est très forte, si bien que M. Chartier dit ne pas embaucher de nouveaux diplômés universitaires, pour la simple raison qu'il n'a pas le temps de les former.  Il lui faut trouver des ingénieurs de niveau intermédiaire ou chevronné, qu'il doit recruter chez des concurrents.

D'ici deux à trois ans, explique M. Chartier, les secteurs privé et public investiront trois milliards dans les infrastructures pour protéger leurs centres de données, essentiellement dans les marchés du Québec et de l'Ontario. Kelvin Emtech, dont le chiffre d'affaires approximatif serait de cinq millions, n'a évidemment pas les moyens de répondre seule à une telle demande.  Sa stratégie consiste donc à travailler en partenariat avec des firmes comme CGI et Tecsult afin d'avoir sa part dans cet énorme marché.  CGI est une société bien établie dans les technologies de l'information et Tecsult est une firme de génie-conseil.

En fait, Kelvin Emtech s'intéresse surtout à de gros clients comme Bell, Téléglobe, Vidéotron, Rogers, etc.  Il y a aussi SNC-Lavalin, qui récemment est venue le chercher comme participant dans une soumission portant sur un centre d'écoute de la GRC, un projet approchant les 500 millions, dont 250 millions pour des infrastructures de forteresse.  'Nous cherchons à établir des relations à long-terme.  Vidéotron est avec nous depuis sept ans; Bell, depuis 156 ans", souligne le Président.  Depuis mai dernier, un bureau a été ouvert à Toronto, et cela, à la demande de certains clients, dont Bell et CGI, qui voulaient avoir dans cette province la même qualité de services qu'ils recevaient au Québec.  Du coup, Kelvin Emtech y a déniché de nouveaux clients.

Dans un monde de plus en plus informatisé, les centres de données contiennent toutes les informations vitales pour le fonctionnement des entreprises, que celles-ci soient des banques, des compagnies d'assurances, des sociétés de communications, des centres d'appels, etc.  On sait l'impact énorme que peut avoir une panne dans les services, provoquant souvent des pertes considérables, tant pour les clients que pour les entreprises elles-mêmes.

Pas une seconde à perdre

Les forteresses, dont Kelvin Emtech est un spécialiste, visent donc à faire en sorte que de telles pannes ne surviennent pas, c'est-à-dire qu'il n'y ait jamais d'interruption d'alimentation  électrique, même pas une seconde.  Bien sûr, toutes les entreprises ont des génératrices pour prendre la relève du réseau électrique.  il faut toutefois un délai de 10 à 15 secondes avant que les génératrices n'entrent en fonction.  Il faut donc en plus un système de piles qui intervient dès la première seconde d'une panne.  Dans l'industrie, ce système est connu sous le sigle de UPS (uninterruptible power supply).

Une telle forteresse sert aussi à alimenter les systèmes de climatisation, tout à fait essentiels, car les ordinateurs dégagent beaucoup de chaleur.  Un cabinet de 24 pouces par 42 pouces dégage suffisamment de chaleur pour chauffer un bungalow en hiver et l'arrêt de la climatisation pendant dix secondes cause de la surchauffe.  Avec des appareils informatiques de plus en plus puissants et condensés en volume, la climatisation prend encore plus d'importance. Une étude du MIT montre qu'en 1999, les salles d'ordinateurs étaient conçues pour une densité de chaleur de 50 watts au pied carré, alors qu'en 2009, dans la même salle, cette densité atteint 400 watts au pied carré.  Aux États-Unis, la consommation électrique des centres de données accapare 4% de toute la production d'électricité du pays, ou 1,5% de la consommation totale.

Bref, toutes ces considérations techniques sont l'affaire de Kelvin Emtech, qui peut faire l'installation, la gestion, l'entretien, et qui peut agir en plus comme conseiller auprès des entreprises.  On comprend pourquoi CGI est devenu son plus important client et partenaire dans l'amélioration de la robustesse et de l'efficacité énergétique de ses infrastructures sur cinq sites au Québec, sans compter Toronto et bientôt Ottawa, et possiblement Phoenix l'an prochain.

Diplômé en génie électrique à Polytechnique en 1991, M. Chartier a commencé sa carrière comme inspecteur en incendie, ce qui pendant deux ans l'a amené à témoigner fréquemment en cour.  Puis, il est devenu consultant interne chez Bell Canada, et a commencé à s'intéresser à l'alimentation électrique critique, mais deux ans plus tard, Bell effectuait des compressions de personnel et M. Chartier se retrouvait travailleur autonome avec Bell comme premier client.  En 1994, avec son ami Éric, il fondait Emtech.  En 2001, Serge Bergeron, qui possédait Kelvin et qui s'intéressait à la climatisation, s'est joint à Emtech.  Enfin, Pierre Robillard, en quatrième partenaire, s'est ajouté aux trois premiers, chacun ayant une participation égale dans l'entreprise, dont l'objectif est de poursuivre la croissance. 

Selon le plan d'affaires envisagé, cette petite entreprise veut faire sa place dans le secteur public et plus particulièrement dans les hôpitaux, un marché quasi vierge pour une société comme Kelvin Emtech, qui commence aussi à reluquer le marché de l'Ouest canadien et du Nord-est américain.  Pour la croissance, il faudra nécessairement y arriver par des acquisitions, pense le président.

À la lumière de l'évolution actuelle, M. Chartier prévoit qu'on va revenir aux années 1970 en ce qui concerne le refroidissement des équipements, c'est-à-dire à des systèmes de refroidissement sur le modèle des radiateurs d'auto.  La nouvelle technologie annonce des cabinets de 100kW qui dégageront assez de chaleur pour chauffer cinq maisons en hiver.  "On sait ce qui s'en vient et on essaie d'être un peu en avance sur tout le monde en assistant aux conférences qui se donnent aux États-Unis", ajoute ce président, qui dit recevoir régulièrement des offres d'achat.  Mais, semble-t-il, ce quatuor d'ingénieurs n'est pas vendeur.

- Collaborateur du Devoir

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