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La pollution lumineuse - 2ième partie

Électricité Québec -Par Mihaï-Razvan Pecingina, ing.

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Dans la première partie de cet article (Octobre 2006), nous avons défini la pollution lumineuse comme étant la dégradation d’un milieu ou d’un microclimat due à l’introduction, directe ou indirecte, de la lumière. Nous avons énuméré ses effets agressifs: changements effectifs de l’ambiance – à l’intérieur et à l’extérieur; réduction de la capacité d’observation des participants au trafic; destruction ou altération des écosystèmes et effets nocifs pour la santé. Finalement, des grandeurs luminotechniques ont été associées.

Nous avions examiné les raisons pour lesquelles la pollution lumineuse apparaît comme étant un problème et qu’il est de notre devoir à tous d’agir le plus tôt possible afin de s’assurer d’une meilleure qualité de vie pour nous mais aussi pour les générations futures.

Nous devons tous nous mettre d’accord sur ce que désigne une qualité de vie en terme d’éclairage extérieur. En effet, ce dernier ne peut en aucun cas :

  • diminuer la sécurité des gens et des biens;
  • empêcher le développement;
  •  incommoder l’agrément ou déterminer la réduction de l’activité physique à l’extérieur;
  •  ignorer la beauté, l’histoire ou la communication.

Conscients de cela, nous devons maintenant identifier les erreurs les plus courantes qui favorisent l’apparition des effets agressifs de la lumière nocturne :

  • PHOTO 1 : choix d’un luminaire inadéquat (à St-Jean sur Richelieu) : intrusion évidente de la lumière dans les chambres. voir PHOTO 2 pour le luminaire utilisé ;
  • PHOTO 3 (LaSalle) : solution ne tenant pas compte de la protection du microclimat extérieur ;
  • PHOTO 4 (Montréal Ouest) :  mauvaise hauteur de montage et orientation des projecteurs, mauvais choix de solution – éclairage pratiquement exclusivement dirigé vers le haut; éclairage excessif;
  • PHOTO 5 (LaSalle) stationnement privé : manque d’entretien des luminaires. En regardant avec attention vous pouvez voir (en haut, à droite) un oiseau qui a fait son nid dans le luminaire. Mis à part l’obturation provoquée par l’oiseau, le flux lumineux se dirige dans  toutes les directions sauf vers le bas où il serait vraiment utile… ;
  • PHOTO 6 (Pointe-Claire) – le projecteur n’éclaire quasiment que le mur;  installation « approximative », manque de rigueur et/ou d’intérêt dans le réglage ou manque d’entretien;
  • PHOTO 7 (Pointe-Claire) – projet « typique » pour éclairage de sécurité dans zone exclusivement industrielle. La bâtisse se trouvait cette fois-ci devant une zone résidentielle. La photo récente l’éclairage que nous avons corrigé sur la façade située vers les condos vs l’éclairage original conservé sur la façade latérale.

Ces exemples  semblent bien… agglomérés, en voici donc une synthèse :

 

photo 2

 

 

photo 3

1. MAUVAISE APPLICATION ET/OU FAUSSE INTERPRÉTATION DE LA TECHNIQUE ET DE L’ART DE L’ÉCLAIRAGE :

  • choix de solution d’éclairage inadéquat ou contraire aux buts imposés par la protection du microclimat extérieur ;
  • niveaux de l’éclairement et/ou de la luminance trop élevés;
  • contraste de luminances ou contraste de couleur exagéré.

2. INSTALLATION SANS RIGUEUR, MANQUE DE PRÉCISION DANS LE RÉGLAGE DES COMPOSANTES

 

3. ENTRETIEN INSUFFISANT (OU INEXISTANT) DES SYSTÈMES D’ÉCLAIRAGE (LAMPES, LUMINAIRES, FIXATIONS ET/OU SUSPENSIONS, CÂBLAGE, POTEAUX, CONTRÔLE DE L’ÉCLAIRAGE)

 

Qui est  responsable de cette situation ? Le concepteur ? Le client ? L’entrepreneur ? La Ville ? À qui la faute ?

Ayant la réponse à cette question, «Honda» (photo 4) peut demander à son concepteur le changement de la solution d’éclairage sans frais supplémentaires. Mais aujourd’hui, celui-ci est innocent car il n’existe aucune loi interdisant quoi que ce soit dans le domaine de l’éclairage. De plus, il est très probable que le concept réponde à la demande du marketing, soit une image brillante, éblouissante, riche, une atmosphère sécuritaire, claire et attirante.

À la fin du premier volet de cet article, nous vous avons invité « à ne pas jeter la pierre à la Ville de Montréal ».

Bien sûr, le calcul présenté dans la première partie était « manipulé » : tout est correct mais quel est le coût d’une solution « écologique » ? En combien de temps les dépenses vont-elles s’amortir ? Le donneur d’ouvrage doit analyser plusieurs facteurs, c’est pourquoi il est injuste de s’arrêter à un seul élément.

A-t-il été superficiel dans son  analyse ? Avait-il les compétences nécessaires ? Avait-t-il un budget limité ? Vaut-il mieux dans ce cas investir un montant modeste avec des  résultats modestes ou critiquables ou alors est-il préférable d’attendre l’année suivante dans le but d’obtenir un budget plus conséquent qui permettra de mettre sur pied des solutions qui ont plus... d’allure? Et si les priorités venaient à changer l’année prochaine et qu’il n’y avait plus un seul sous disponible pour l’éclairage ?

La Ville a-t-elle assez de spécialistes pour proposer ou analyser des solutions dans le domaine de  l’éclairage ? Dans le cas contraire, où peut-elle trouver un spécialiste ? Qui peut garantir les résultats ? Quelles sont les normes qui doivent être appliquées ?

Malheureusement, seul le concepteur est à même de répondre à la plupart de ces questions. En effet, c’est lui qui doit être ouvert aux nouveautés du domaine. Lui seul peut trouver un compromis. À ce stade, il n’a besoin que de passion, de rigueur et d’honnêteté : le client ne lit pas nécessairement IESNA Handbook…

 

photo 4

Le client quant à lui, a sa part de responsabilité. Sa gestion peut toujours être remise en question mais, malgré tout, il ne peut pas connaître tous les sujets techniques reliés à ce qu’il a à gérer.

L’entrepreneur peut aussi être en faute en offrant des équivalences qui ne sont pas vraiment… équivalentes ; son manque de rigueur pouvant provoquer à son tour des effets discutables.

 

photo 5

Les politiques ou, plutôt, les systèmes mis en place (au niveau de la Ville et plus haut) peuvent également être « pointés du doigt »: il y a des signaux de partout (citoyens, médias etc.) que la pollution lumineuse est un problème, une perte d’argent, une menace pour la santé, pour l’écologie etc. Pourtant, un cadre légal clair tarde à voir le jour.

Nous venons là de brosser le tableau d’un ensemble complexe…l’aperçu d’un complexe d’actions et d’intervenants qui doivent être coordonnés.

Au terme de cette analyse, voici, selon nous, les façons d’agir afin de converger vers un but commun : celui de réduire ou d’empêcher la pollution lumineuse, d’obtenir la qualité du microclimat définie au début (une façon logique de mettre fin à notre partage  l’informations) :

1- UNE APPROCHE ÉDUCATIVE

  • La problématique de la pollution lumineuse doit être présentée aux étudiants dans le domaine de la construction/ architecture à partir du niveau postsecondaire. Le diplômé doit être familier avec les causes, les effets et doit savoir où chercher des conseils - IES et/ou IDA Québec (International Dark-Sky Association). Exemple : introduire un cours sur la pollution lumineuse dans le programme de formation offert par IES Montréal ;
  • Tous les organismes concernés ainsi que les employeurs oeuvrant dans le domaine doivent être préoccupés par l’éducation des intervenants : concepteurs, ingénieurs, architectes, artistes, clients, entrepreneurs, personnel d’entretien, etc. Présentations,  conférences et colloques, – les passionnés doivent être encouragés à partager. Accorder plus de visibilité à ce sujet paraît indispensable.;
  • Le rôle de la revue spécialisée devient alors un outil de premier rang, un instrument dans les mains des éducateurs, des organismes intéressés (IESNA, IDA etc.), une vitrine des réalisations et la tribune privilégiée des débats.

2- LÉGISLATION

  •  Les instances politiques supérieures doivent offrir un cadre permettant à chaque unité territoriale de se doter de leur propre législation contre la pollution lumineuse. Le premier pays qui a promulgué une loi contre la pollution lumineuse (dans le contexte de la pollution générale) est la République Tchèque en 2002. ;
  • Les unités territoriales dans le monde n’ont pas attendu qu’un cadre soit offert par le législateur national : la première ville à promulguer un arrêté sur l'éclairage extérieur a été en 1958 la ville de Flagstaff, Arizona (46000 habitants – pour le texte actualisé de l’ordonnance sur l’éclairage extérieur voir http://c3po.cochise.cc.az.us/  astro/pollution06p.htm ). ;
  • Les organismes spécialisés ne doivent pas attendre que des problèmes soient soulevés par le public ou les médias. Ils doivent se manifester et s’impliquer dans la recherche, l’éducation, la communication : assurer la popularisation et  la banalisation du sujet pour permettre une implication à grande échelle, etc.

 

photo 6

3- RESPONSABILISATION TECHNIQUE

  •  Le spécialiste de l’éclairage doit réellement être présent durant toutes les étapes du projet d’éclairage :

-près du client pour le comprendre et lui faire comprendre la solution, assumant, tel qu’indiqué ci-dessus, le rôle d’éducateur honnête;
-rigoureux dans sa conception;
-support actif pour l’entrepreneur qui fait la mise en oeuvre;
-rédacteur technique précis (quant au cahier du système d’éclairage contenant les caractéristiques du système et les recommandations d’entretien).

  • Les organismes spécialisés doivent actualiser périodiquement leurs recommandations concernant le sujet (voir l’article publié par le président de l’IES Montréal, M Ronald Tremblay, le mois de mai 2006 « Sommes-nous victimes de la pollution lumineuse ? ») ;

  • Ces mêmes organismes doivent faciliter le contact entre le public (les clients) et les personnes ayant obtenu une attestation en éclairage – publier leurs noms, tenir à jour et offrir (pour des frais symboliques) la liste des « éclairagistes » (titre obtenu après un cours de l’IES local, par exemple), celle des LD, etc.

 

photo 7

4- COMPRÉHENSION DE LA DIMENSION ÉCONOMIQUE

  • « Mieux Consommer » d’Hydro-Québec peut être un bon modèle pour un programme orienté vers la réduction de la pollution lumineuse : publicité, popularisation des effets économiques favorables, accorder des subventions pour ceux qui prennent des mesures réduisant la pollution lumineuse, etc. On peut même essayer de se greffer sur « Mieux Consommer ».

Voici une statistique publiée par « La Presse » en 2004 (tableau no.1) :

 

Y a-t-il autre chose à ajouter pour vous convaincre de l’importance de l’environnement nocturne ?

Crédits : les photos 3 et 6 ont été réalisées par l’auteur. Les autres sont l’oeuvre de François Bergeron – photographe professionnel (fbphoto@aei.ca)

Bibliographie :

  • Eurorégion/Groupe III
  • Impacts écologiques et socio-économiques de l’éclairage nocturne...
  • document de travail pour le Président de l’Eurorégion, 1999 – François Cardinal - Montréal, ville lumière…
  • La Presse, 14 octobre 2004 – Jean-Philippe Fortin – Les étoiles en voie de disparition – La Presse, 4 octobre 2004

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